mercredi 22 août 2012

Définition basique du terme philosophie expliqué aux enfants


Philosophie‬
(source : http://fr.vikidia.org/wiki/Philosophie)
« Philosophie » expliqué aux enfants par Vikidia, l’encyclopédie junior
Le Penseur du sculpteur Auguste Rodin représente un homme en train de réfléchir, de penser. Une illustration du philosophe.
Le mot philosophie vient du grec philos (aimer) et sophia (sagesse ou savoir). On peut donc traduire philosophie par « amour de la sagesse » ou « amour du savoir ».
Définition
La philosophie est une activité humaine, qui consiste à se poser des questions puis réfléchir et discuter des réponses possibles. La philosophie essaye surtout de comprendre la place de l'homme dans le monde, ou bien le sens de la vie.
Les questions peuvent ressembler à la célèbre phrase de William Shakespeare : « Être ou ne pas être ? telle est la question » ou encore « À quoi sert-il de vivre ? », « Dieu existe-t-il ? » ou « Qu'est-ce que le bonheur ? » ou « Pourquoi une chose est belle ? »
Les gens font souvent de la philosophie par plaisir (comme loisir). Certains en font leur métier : on les appelle les philosophes.
À quoi sert la philosophie ? En philosophant, on essaye de mieux comprendre le monde, de devenir plus sage ou intelligent.
Parce que la vie est complexe, la philosophie, qui essaie de la penser, l'est aussi. En vérité, définir la philosophie est très difficile. Même les grands philosophes se posent toujours la question « Qu'est-ce que la philosophie ? » et ne donnent pas les mêmes réponses.
Les catégories de la philosophie
La philosophie est divisée en plusieurs catégories, selon le type de questions posées.

L'épistémologie
L'épistémologie est la philosophie de la connaissance, et aussi des sciences (physique, biologie...)
▪                Qu'est-ce que la connaissance ?
▪                Comment peut-on savoir quelque chose ?
▪                Qu'est-ce c'est la science ?
▪                Qu'est-ce que la vérité ?
L'éthique
L'éthique est la philosophie de la morale. Elle s'interroge sur ce qui est bien et mal, dans les actes des hommes. Comment l'homme doit se conduire dans la société. L'éthique est basée, par exemple, sur les principes religieux, ou bien les coutumes, ou les lois du pays.
▪                Qu'est-ce que le bien et le mal ?
▪                Est-ce que les gens devraient faire certaines choses, plutôt que d'autres ?
▪                Qu'est-ce que la justice ?
L'esthétique
L'esthétique est la philosophie du Beau et de l'art.
▪                Qu'est-ce que la beauté ?
▪                                  Que se passe-t-il si une personne trouve belle une peinture, mais une autre la trouve laide ?
▪                                  Est-ce qu'une peinture peut être belle et laide en même temps ?
▪                Est-ce que les vraies choses sont belles ?
▪                Est-ce que les choses bonnes sont belles ?
▪                Qu'est-ce que l'art ?
La métaphysique
La métaphysique étudie l'existence, la place de l'homme dans le monde. Elle approche souvent de la question de Dieu. Ses questions peuvent ressembler à celles qui ont des réponses dans la religion.
▪                Qu'est-ce le monde réel ?
▪                                  Dans le monde, est-ce qu'il y a plus de choses que ce qu'on voit et entend ?
▪                                  Si personne ne voit une certaine chose arriver, ça signifie qu'elle n'a pas existé ?
▪                                  Qu'est-ce que ça signifie de dire « c'est possible » ?
▪                Est-ce qu'il y a quelque chose de spécial à être humain ?
▪                Qu'est-ce que l'espace ? Qu'est-ce que le temps ?
▪                Qu'est-ce que l'esprit ?
▪                Qu'est-ce que le corps ?
▪                Qu'est-ce que la conscience ?
▪                Est-ce que les gens ont une âme ?
▪                Est-ce qu'un Dieu a créé l'Univers ?
La logique
La logique étudie les règles pour ne pas penser de travers, en faisant des erreurs de déduction.
▪                Que signifient les mots que l'on utilise ?
▪                De quelle manière exprimer une idée, pour qu'elle ait une seule signification ?
▪                Est-ce que toutes les idées peuvent être exprimées avec des mots ?
▪                Qu'est-ce que la vérité ?
Histoire
La philosophie se pratique depuis au moins 2500 ans. L'histoire de la philosophie est distinguée par de grandes périodes:
▪                La philosophie antique est l'époque de la mise en place des grandes idées (le Vrai, le Bien, le Beau) et des disciplines philosophiques : Métaphysique, Logique, Éthique...
▪                                  En Grèce vivaient de nombreux philosophes. Les plus célèbres sont Socrate, Platon, Aristote, Diogène, Épicure.
▪                                  À la fin de l'antiquité, la philosophie est marquée par sa rencontre avec le Christianisme. Le plus grand penseur de l'époque est Augustin d'Hiponne.
▪                La Philosophie du Moyen age ou Philosophie médiévale continue d'approfondir le rapport entre la Raison humaine et la Révélation divine. Citons le musulman Averroès, le juif Moïse Maïmonide et le chrétien Thomas d'Aquin.
▪                La philosophie de la Renaissance est marquée par le triomphe d'une idée appelée à un grand avenir, l'humanisme.
La philosophie moderne (à partir du XVIIe siècle) se distingue par la remise en cause des préjugés et un esprit critique de plus en plus aiguisé. Les principaux courants ont pour noms : rationalisme, empirisme, philosophie des lumières, idéalisme, positivisme, marxisme, existentialisme et bien d'autres encore.

mardi 21 août 2012

Les enfants, philosophes sans le savoir



Les enfants, philosophes sans le savoir
"Dis maman,  pourquoi il m'a menti ?"
"Pourquoi c’est pas juste ?"
"C'est possible de ''démourir'' quand on est mort ?"
Les enfants, véritables petits philosophes en puissance, posent souvent aux adultes des questions fondamentales qui soulèvent de vraies problématiques philosophiques. Le débat, quoique relativement confidentiel passionne. Doit-on oui ou non enseigner la philosophie aux enfants… aux tout petits enfants des classes primaires, voire de maternelles ?



Le film Ce n'est qu'un début, sorti le 17 novembre 2010, de Jean-Pierre Pozzi etPierre Barougier, a suivi des enfants de 3 et 4 ans pendant deux ans dans leur classe, pendant l'atelier philosophique organisé par leur maîtresse. Les réflexions de ces tout-petits confirment la phrase de Michel Onfray qui déclarait sur France Inter : "Les enfants sont tous philosophes, seuls certains le demeurent".
Parler, écouter, réfléchir… c'est ça la philosophie, et à l'initiative de Matthew Lipman dans les années 60, la philosophie n'est plus un pré carré réservé aux universitaires. L'enfant sujet pensant a toute légitimité pour parler philosophie. 
Yersu Kim, directeur, division de la philosophie et de l'éthique à l'UNESCO, déclarait  déjà en 1999 :
"Au-delà de toute participation d'ordre médiatique à une nouvelle vogue, l'intérêt de la philosophie pour les enfants rentre dans les préoccupations fondamentales de l'UNESCO. En vue de la promotion d'une Culture de la Paix, de la lutte contre la violence, d'une éducation visant l'éradication de la pauvreté et le développement durable, le fait que les enfants acquièrent très jeunes l'esprit critique, l'autonomie à la réflexion et le jugement par eux-mêmes, les assure contre la manipulation de tous ordres et les prépare à prendre en main leur propre destin. Ce sont les enfants qui sont les plus exposés aux médias, à la publicité.
Incontestablement, l'enfant d'aujourd'hui est l'adulte de demain. C'est donc à juste titre qu'il faut dire avecMatthew Lipman que l'impact de la philosophie "sur les enfants pourrait ne pas être immédiatement apprécié. Mais l'impact sur les adultes de demain pourrait être tellement considérable qu'il nous amènerait à nous étonner d'avoir refusé la philosophie aux enfants jusqu'à ce jour."
Nombreux sont les éditeurs qui  s'adressent aux très jeunes philosophes.
Nathan propose : 
- Philoz'enfants, pour faire réfléchir les petits à partir de 6-7 ans. Une collection de neuf titres, dont quatre réédités en 2011 :
"Vivre ensemble, c'est quoi ?", "Le beau et l'art c'est quoi ?", "Les sentiments, c'est quoi ?", "Le bien et le mal, c'est quoi ?"
- Petits philoz'enfants, pour répondre aux questions que se posent les tout petits à partir de 3 ans :
"Pourquoi je vais à l'école ?", "Dis, maman, pourquoi j'existe ?", "Dis, papa, pourquoi tu m'aimes ?", " Pourquoi je ne fais pas ce que je veux ?" 
Milan jeunesse a mis la philo à l'heure du pain au chocolat avec ses cultissimes Goûters philo. Trente-cinq titres déjà parus et un trente-sixième à paraître en mars 2011 "Possibles et impossibles". Ces petits livres de cinquante six pages accompagnent les enfants dans leur réflexion sur deux notions opposées ou voisines : "L'amour et l'amitié", "La beauté et la laideur", "Croire et savoir", "La richesse et la pauvreté", "Le rêve et la réalité"...

Agathe Bozon
Source:

lundi 20 août 2012

Ateliers Philo



En 1998, un rapport de l’UNESCO répertorie près de 50 pays concernés par la pratique de la philosophie avec les enfants. En France, certains IUFM s’y sont associés. En 2001 se tient le premier colloque national sur la question à l’INRP et de nombreuses publications sur le sujet fleurissent. Le point avec Gilles Geneviève, professeur des écoles, «maître d’aide aux apprentissages» en ZEP et auteur de la « La raison puérile – Philosopher avec des enfants ? ».

Ateliers philo : une pratique marginale à l'école

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CM : Quelle est la position de l'Education nationale sur les ateliers philo en 2007 ?
GG : Au départ, il y a eu des tentatives officielles pour soutenir cette innovation. Elles se sont soldées par une fin de non-recevoir et des articles un peu assassins dans certaines revues professionnelles, de la part de ceux qui se situent au sommet de la hiérarchie de la philosophie en France... Depuis, on n'a pas eu de nouvelles, même si la presse s'y intéresse. Bien sûr, ici et là, des gens à mi-parcours de la hiérarchie ne rejettent pas a priori la démarche. Mais comme vous le savez, l'Education nationale est un pétrolier qui met des mois à changer de bord quand on donne un coup de barre !
CM : A votre avis, combien d'enseignants pratiquent ?
GG : Il n'y a pas de statistiques, mais je dirais qu'il existe aujourd'hui en France plusieurs centaines d'ateliers philo pour enfants, tous niveaux scolaires confondus. Certains inspecteurs restent réticents. Pourtant, j'ai souvent entendu de la part des parents d'élèves « vous lui faites du bien ». On se retrouve dans l'optique de la philosophie antique, qui visait l'absence de troubles. A l'époque, on considérait que réfléchir, c'était pour se réconcilier avec soi et les autres, pour mieux vivre.

Quand la parole échappe à la censure adulte

CM : Les parents pourraient-ils pratiquer à la maison ?
GG : Si je le fais en classe, c'est justement parce que beaucoup de parents ne donnent pas la parole à leurs enfants à la maison ! Ou qu'ils leur apportent toujours des réponses toutes faites. Je pense que c'est ainsi qu'on tue le philosophe dans l'œuf, alors qu'il est important d'entretenir cette potentialité, particulièrement dans les quartiers défavorisés où j'enseigne. J'ai vu le monde qui sépare les enfants qui ont un espace de parole à la maison et les autres. Pour ouvrir cet espace de parole, il suffit de ne pas se présenter comme un adulte omnipotent, omniscient, une position tenue depuis 2500 ans...

CM : Vous prônez la non-intervention du prof dans les ateliers philo...
GG : Oui, et on me prend pour un hurluberlu ! Je ne suis pas le seul, mais on nous dit toujours qu'il faut une certaine « guidance » des élèves. Pour moi, on trouve là les mêmes travers que je citais plus haut : « hors la mainmise de l'adulte sur la pensée du jeune, point de salut ». Moi je crois que les tâtonnements, telles les méthodes expérimentales décrites par Georges Charpak dans La main à la patte, ça prend tout son sens ici.

CM : Quel avenir pour ces ateliers ?
GG : Je suis positif, mais je pense aussi que l'école est le reflet du monde dans laquelle elle s'insère. On vit dans un monde marchand, où l'on nous dit dès l'enfance vous devez grandir pour être heureux et avoir un travail. Il n'y a pas vraiment de liberté dans le choix de l'avenir pour un enfant. A partir du moment où l'on vit dans ce monde là, l'école qui en est le reflet, ne pourra pas, en 5 ans, prendre les caractéristiques libertaires que je souhaiterais qu'elle prenne... Cela dit, en agissant dans la société civile et à l'école, il y a la possibilité de voir les choses évoluer.
Gilles Geneviève mène cette année des ateliers philo dans cinq classes de primaire en plus de son atelier hebdomadaire à l’Université Populaire de Caen (ouvert à partir de 7 ans).
Source:

dimanche 19 août 2012

Enseigner la philosophie aux enfants ?





Tandis que le cours d’Éthique et culture religieuse poursuit son implantation malgré des protestations venant à la fois de parents catholiques et de laïques, les enseignantes et enseignants explorent, dans les balises dessinées par le programme, des contenus et des méthodes qui leur paraissent appropriés à cet enseignement.
Une voie retenue par certains est la philosophie pour enfants et comme elle reste relativement peu connue, j’aimerais vous la présenter. Qui sait : vos enfants ou des enfants d’amis sont peut-être en ce moment même inscrits dans ce qu’on appelle une «  communauté de recherche philosophique » ?

Aux origines de la philosophie pour enfants

La Philosophie pour enfants, souvent appelée P4C – pour : Philosophy for Children – est une théorie et une pratique pédagogique correspondante développées aux États-Unis par Matthew Lipman (1922) et qui ambitionne de développer la pensée critique des enfants en introduisant laphilosophie dans le curriculum scolaire, et ce, depuis la maternelle jusqu’à la fin du secondaire. (Gareth Matthews (1929) est un autre célèbre promoteur de ces idées et de ces pratiques, qu’il déploie cependant en des directions quelque peu différentes de Lipman.)
La Philosophie pour enfants connaît quelque succès, notamment dans les pays anglo-saxons, mais aussi dans les pays francophones et au Québec.

Des objections

Une telle proposition voit d’emblée se lever contre elle une longue tradition qui remonte au moins à Platon et selon laquelle les enfants, du moins jusqu’à l’atteinte d’un certain âge souvent fixé au début de l’adolescence, ne sont pas en mesure de commencer à pratiquer la philosophie, notamment en raison du degré d’abstraction qu’elle demande, de la complexité des questions qu’elle aborde et des connaissances nombreuses et variées qu’il est nécessaire de maîtriser pour les discuter véritablement.
Certes, John Locke, qui se fondait peut-être pour ce faire sur sa propre expérience de précepteur, a soutenu qu’il était possible et souhaitable de raisonner avec les enfants. Il assurait en effet que ceux-ci raisonnent dès qu’ils parlent, même si c’est moins sûrement que les adultes, et qu’ils apprécient qu’on les traite en «  créatures rationnelles », pour parler comme lui. Locke recommandait donc de raisonner avec eux. Mais il ajoutait que cela devait se faire en tenant compte de leurs capacités : pour cette raison, selon lui, des longs discours et des raisonnements philosophiques étaient à proscrire et ne sauraient être, pour les enfants, qu’une source de confusion.
La position de Jean-Jacques Rousseau, on le sait, est plus radicale puisque ce n’est pas seulement les discours abstraits et la philosophie qu’il juge néfastes aux enfants, mais bien le fait de raisonner avec eux. C’est que la raison n’est pas encore développée chez les enfants et qu’elle ne le sera pleinement que plus tard, quand l’éducation sera terminée  : en user, c’est vouloir commencer par la fin et « vouloir faire l’instrument de l’ouvrage ». « Pour moi, écrit Rousseau, je ne vois rien de plus sot que ces enfants avec qui l’on a tant raisonné. » De plus, sur le plan de la moralité, les enfants étant insensibles à des considérations et argumentaires invoquant les devoirs, le bien, le mal, raisonner avec eux conduit à joindre « à cette prétendue persuasion la force et les menaces, ou, qui pis est, la flatterie et les promesses ». Suivre la nature est ici encore le précepte que Rousseau préconise. Or, ce qu’elle enseigne lui semble clair  : « Employez la force avec les enfants et la raison avec les hommes ; tel est l’ordre naturel. »
L’argumentaire de Rousseau, ou plus exactement ce qu’il dit du développement dans le temps de la rationalité qui ne parvient à maturité qu’à son heure, a reçu de la psychologie génétique une importante confirmation. Piaget conclut en effet que ce n’est qu’à l’orée de l’adolescence, typiquement autour de douze ans et donc à l’entrée au secondaire, que les enfants accèdent au stade formel et, on peut le penser, possèdent ces capacités intellectuelles que demande la pratique de la philosophie.

L’argumentaire de Lipman

Lipman, comme les partisans de l’enseignement de la philosophie aux enfants, pense que l’expérience démontre au con­traire que les enfants sont spontanément capables de soulever des questions philosophiques et qu’ils sont parfaitement capables de les discuter, surtout si cela est fait dans un cadre facilitateur. Professeur de philosophie à l’université, il s’est en outre désolé du peu d’aptitude à l’argumentation et à la pensée critique de ses étudiants  : il en est ainsi venu à la conclusion que l’introduction de la pensée critique dès le début du cursus scolaire était le correctif nécessaire.
Lipman a donc fondé en 1974 l’Institute for the Advancement of Philosophy for Children(IAPC) et publié cette même année son premier roman philosophique destiné à l’enseignement de la philosophie aux enfants  : Harry Stottlemeier’s Discovery. La revue Thinking : The Journal of Philosophy for Children est publiée par l’IPAC. Deux autres revues sont également consacrées à la philosophie pour enfants  : Critical and Creative Thinking et Analytical Teaching.
Ce que procure la pensée critique, assure Lipman, c’est un bon jugement. Elle y parvient en induisant des habitudes de pensée qui (1) facilitent le jugement (2) parce qu’elles ont recours à des critères, sont (3) auto-correctrices et (4) sensibles au contexte dans lequel la pensée s’exerce.

Une méthode

La méthode pédagogique imaginée par Lipman demande de transformer la classe en ce qu’il appelle une « communauté de recherche ». Celle-ci, réunie en table ronde va, à partir d’un stimulus – ce peut être un objet pour les plus petits, un passage d’un texte tiré d’un des romans que Lipman a écrit pour eux pour les grands – décider de la question qu’elle abordera et en discuter. Cette discussion est soumise à des règles qui demandent par exemple qu’on écoute autrui, qu’on ne se moque de personne, qu’on laisse chacun finir ses phrases et qu’on prenne sérieusement en compte ce que tout participant à la communauté de recherche a avancé. L’enseignant est pour cette communauté un facilitateur : il pourra, au besoin, lui fournir des informations, intervenir pour encourager certains participants à prendre la parole ou pour assurer que la démarche reste équitable et juste pour tous. Qu’en penser ?
Les partisans de la pratique de la philosophie pour enfants pensent qu’en plus de contribuer à faire d’eux des penseurs critiques et créatifs, elle les rend plus en mesure d’apprendre dans tous les autres sujets qu’ils abordent à l’école, les rend plus empathiques et développe leurs capacités à communiquer et à écouter. En un mot, elle les rendrait plus raisonnables et leur apprendrait à penser non seulement par eux-mêmes, mais aussi avec les autres, toutes vertus citoyennes de première importance dans une démocratie délibérative digne de ce nom.
Les adversaires de cette pratique restent sceptiques devant ces prétentions et soutiennent que la pensée critique et la créativité sont toujours spécifiques à un domaine donné : la philosophie pour enfants serait alors un autre exemple de ce déplorable formalisme qui signe le recul des contenus disciplinaires dans l’enseignement. D’autres remarquent pour leur part que tout cela prend parfois les allures d’une vaste entreprise commerciale de vente de matériel et de formation qui gruge sans justification convaincante sur un temps de classe et des ressources déjà très limités.
Que faut-il en penser ? Les données de recherche empirique crédibles et impartiales ne permettent hélas pas, pour le moment, d’en décider avec beaucoup d’assurance.

samedi 18 août 2012

La philosophie enseignée aux enfants


Collectif Ecole changer de cap

Elodie MAUROT 
Grâce aux ateliers philo proposés dans les écoles, la philosophie pour enfants se développe, confiante dans la capacité des petits à explorer les questions qui les habitent
Ils sont tout petits, mais leur tête est remplie de questions inversement proportionnelles à leur taille. Et leur créativité dans le domaine pourrait faire pâlir le plus socratique des philosophes. Longtemps, on a pourtant tenu les enfants à distance du questionnement philosophique. Comment l’infans – étymologiquement « celui qui ne parle pas » – aurait-il pu être considéré capable de s’approcher du logos, ce terme grec qui désigne à la fois la parole et la raison ? Mais les temps ont changé et la philosophie pour et avec les enfants ne cesse de se développer, à l’école comme dans le domaine éditorial.
« Il y a une part de mode, mais cela ne résume pas le tout de ce phénomène », note Jean-Charles Pettier, ancien instituteur spécialisé, devenu animateur d’ateliers philosophiques pour enfants et formateur auprès d’enseignants. Les parents souhaitent que l’enfant ait la parole, ils ne veulent plus transmettre sur un mode péremptoire. »
L’intérêt porté à la philosophie pour enfants peut certes cacher une forme de démission de l’adulte quand celui-ci ne veut pas assumer son rôle et se décharge en laissant l’enfant réfléchir. « Mais on sera alors déçu, car faire de la philosophie avec des enfants, c’est plus compliqué et exigeant que ce que l’on croit souvent ! », remarque le formateur.
Compliqué, mais pas impossible. « Tout rapproche, en fait, le philosophe et l’enfant", note le philosophe et écrivain Roger-Pol Droit, auteur de Osez parler philo avec vos enfants, ( Éditions Bayard,). "L’enfant n’a certes pas le savoir du philosophe, ni sa capacité à théoriser. Mais il partage avec lui un “étonnement devant le monde” et une “ignorance” qui met en route le désir de comprendre. »
Permettre à l’enfant de progresser dans la réflexion et de se confronter à la parole des autres.
Côté pratique, la philosophie pour enfants se vit souvent en groupe, lors d’ateliers philo, à l’école ou dans les médiathèques. En France, plusieurs modèles coexistent, visant chacun l’expression de l’enfant, sa progression dans la réflexion et sa confrontation à la parole des autres. Ils se distinguent par la place, variable, donnée à l’adulte.
Ancienne enseignante, Jacqueline Chambard s’est intéressée à la philosophie pour enfants à un moment où elle était en grande difficulté avec certains élèves. « Je me sentais inefficace avec plusieurs enfants qui étaient sans appétit de savoir, sans désir », se souvient-elle. L’enseignante s’est alors intéressée à la méthode mise au point par Jacques Lévine, psychanalyste pour enfantsaujourd’hui décédé.
Le principe en est simple : au cours d’ateliers d’une dizaine de minutes, les enfants gèrent eux-mêmes la parole et la discussion, à partir d’un mot proposé par l’enseignant, qui n’assure que la sécurité du cadre et reste entièrement extérieur à la discussion. « Le plus souvent, les blocages dans l’apprentissage sont liés à des problèmes d’image de soi de l’élève. Une dépréciation s’exprime soit dans la léthargie, soit dans la violence ou l’agressivité, explique la formatrice. Dans ces ateliers, l’extériorité de l’animateur permet aux enfants les plus en difficulté de sortir progressivement de leur rôle de mauvais élèves et de montrer une autre facette d’eux-mêmes. »
D’autres méthodes donnent plus de place à l’adulte. Celui-ci peut alors lancer la discussion à partir d’un support de presse ou d’édition et intervenir dans la discussion pour faire circuler la parole. Il permet à l’enfant d’avancer dans les problèmes qu’il soulève, de construire des liens entre ce qui est dit et ce qu’il connaît, entre la classe et l’extérieur. « Il ne s’agit pas de laisser l’enfant dire n’importe quoi, ni de lui laisser croire que tout ce qu’il dit est intéressant, mais de l’aider à approfondir, à examiner son opinion », précise Jean-Charles Pettier.
"Un temps de partage, dans lequel ils interviennent avec beaucoup de responsabilité"
On l’aura compris, pas question de faire ingurgiter aux enfants Kant ou Hegel, mais peu à peu de les faire entrer dans un art de l’interrogation. Contrairement aux idées reçues, les enfants prennent cette activité très au sérieux et ne se lancent pas dans des surenchères verbales, ni dans des batailles de mots. « C’est impressionnant de constater le grand plaisir qu’ils prennent à ce temps de partage, dans lequel ils interviennent avec beaucoup de responsabilité », remarque Jacqueline Chambard.
Et ce ne sont pas les conflits qui sont les plus difficiles à gérer ! « Quand il y a un conflit, des échanges sont toujours possibles, explique Jean-Charles Pettier. Le problème vient plutôt du sens commun, d’une idée sur laquelle tous les enfants sont d’accord mais qui cache, en fait, un grand vide. »
Le secret de la philosophie avec les enfants reste de laisser le temps au temps et de ne pas brusquer les choses. Cylvi Aupin en a pris conscience quand elle s’est attelée au projet de réaliser un documentaire sur un atelier de philosophie dans une classe de maternelle en région parisienne, Ce n’est qu’un début , qui sort en salles mercredi 17novembre.
Un atelier de philosophie n’agit pas par magie, mais il permet progressivement à un enfant qui souffre d’une image négative de lui-même de retrouver une estime de soi et une place dans le groupe. Jacqueline Chambard a ainsi été le témoin de vies transformées par cette pratique.
La philosophie pour enfants a aussi une visée citoyenne
« “La philosophie redresse les corps”, disait Jacques Lévine et je peux dire que je l’ai constaté dans la réalité », partage-t-elle, se souvenant d’un élève en situation de grand échec, tout le temps affalé sur son bureau et que les autres enfants ne remarquaient même pas. « À cause de ce qu’il s’est mis à dire dans les ateliers philo, les autres enfants se sont intéressés à lui. Il a ainsi pu trouver une place dans la classe. »
La philosophie pour enfants a aussi une visée citoyenne. En permettant à l’être humain de comprendre qu’il a en lui un potentiel, une capacité de penser, d’exercer sa liberté, de raisonner et de choisir, l’atelier développe une compétence essentielle dans la vie d’une démocratie.
Quant aux adultes, parents, animateurs ou instituteurs, ils ne restent pas indemnes devant le questionnement des enfants. Entrer dans les questions de son enfant est une façon de partager avec lui une condition humaine commune. L’adulte se voit alors renvoyé à ce qu’il pense, à ce qu’il croit, à ses propres recherches.
Gilberte Tsaï, directrice du centre dramatique de Montreuil, qui accueille depuis plusieurs années des « petites conférences » pour adultes et enfants, constate combien le jeune public transforme la parole des philosophes « professionnels ». Quand ils s’adressent à des enfants de 10 ans, les philosophes sont amenés à parler plus d’eux-mêmes, à prendre des exemples choisis dans leur vie. Empêchée d’utiliser un langage technique, leur langue devient plus imagée, plus accessible auxenfants comme aux adultes non initiés. »
Parents, enfants et « vrais » philosophes peuvent alors conjuguer leur force pour penser la vie. « Ce qui m’intrigue beaucoup quand je regarde le film que nous avons réalisé, c’est qu’à la fin, on ne sait plus bien quel âge ont les enfants qui s’expriment, dit Cylvi Aupin. Ni si ce sont des adultes ou des enfants…
SOURCE : Elodie Maurot, la-croix.com , 10 novembre 2010.